Pourquoi les audits de cybersécurité ne suffisent plus à réduire les risques ?
Le constat est frappant : plus de la moitié des entreprises françaises ont été victimes d’une cyberattaque dans l’année, réussie ou non. Il est tentant de croire qu’un audit de cybersécurité régulier suffit à réduire les risques. Cependant, l’expérience du terrain ne cautionne pas entièrement cette pensée.
En effet, un audit est un état des lieux à l’instant T : il mesure l’état d’un système à un moment donné, identifie des vulnérabilités et recommande des correctifs.
Cet audit ne garantit en rien sa mise en œuvre. Avec l’évolution rapide des menaces et la sophistication croissante des attaques, l’audit sans suivi opérationnel reste trop souvent déconnecté de la réalité quotidienne des systèmes d’information et des équipes qui doivent appliquer les recommandations.
Comment sont pratiqués les audits de cybersécurité et pourquoi ceux-ci ne suffisent-ils plus?
L’AUDIT : DES MÉTHODES QUI VARIENT MAIS UNE ADOPTION GÉNÉRALISÉE
L’audit de cybersécurité s’est largement démocratisé dans les entreprises et les organisations. La preuve en chiffres : selon l’étude “OT+IoT Cybersecurity Report 2024” menée auprès d’entreprises industrielles mondiales, 62 % d’entre elles réalisent des audits de cybersécurité de manière régulière. Dans le détail :
- 24 % s’appuient exclusivement sur des audits externes,
- 18 % s’appuient exclusivement sur des évaluations internes,
- enfin, 20 % adoptent une approche hybride, combinant expertise interne et regard externe.
Ces chiffres montrent que si l’audit est désormais bien ancré dans les pratiques, les stratégies de mise en œuvre restent hétérogènes.
L’ÉCART ENTRE L’AUDIT THÉORIQUE ET RÉALITÉ : UN DÉFAUT D’EXÉCUTION
Cette généralisation de l’audit de cybersécurité prouve que celui-ci est bien indispensable pour mettre en lumière des failles. Toutefois, soyons lucides : ce n’est pas l’audit qui transforme automatiquement l’organisation pour éviter de nouvelles failles.
C’est la dure réalité des entreprises : à moins d’une grosse frayeur, trop souvent, les rapports s’empilent et finissent oubliés sur un bureau ou dans un dossier partagé. Le risque identifié dans un audit peut être considéré comme “géré” uniquement à partir du moment où un plan d’action est inscrit et intégré à la roadmap opérationnelle de l’entreprise.
C’est fréquent et humain : les recommandations d’un audit restent souvent uniquement au statut d’intentions. Une priorisation claire et partagée permet d’y dédier des ressources et d’amorcer un suivi régulier.
AUDIT DYNAMIQUE OU AUDIT CONTINU : COMPRENDRE LA DIFFÉRENCE
Lorsque nous parlons d’audit de cybersécurité, il est important de distinguer deux démarches possibles aux conséquences différentes :
- L’audit ponctuel, qui évalue et conseille une situation actuelle. Elle se base sur l’analyse des faits passés. Par exemple, le post mortem d’une cyberattaque.
- La gestion du risque en continu, qui exige une notion de temporalité. Ce type d’audit à fréquence régulière impose une intégration entière de la procédure d’audit, d’une session dédiée à la révision et à la progression.
Avec ces 2 méthodes à la temporalité différente, nous comprenons rapidement qu’un audit ponctuel est un point de départ pour évaluer un système sur une journée ou une semaine. Cependant, avec des menaces qui évoluent chaque minute, la gestion du risque en continu améliore considérablement l’efficacité de la cybersécurité d’une entreprise ou d’une organisation.
Opter pour la mise en place d’une gestion du risque en continu, c’est miser sur une présence terrain où la équipes internes collaborent étroitement et où un suivi précis des actions dans le temps est animé.
AU-DELÀ DE LA CONFORMITÉ : VERS UNE CYBERSÉCURITÉ OPÉRATIONNELLE
Si votre volonté est bien de réduire significativement les incidents ou les brèches, il ne faut pas se contenter des standards et de la production de rapports de conformité. Un audit doit être le point de départ d’un cycle vertueux, non une fin en soi. Une fois l’audit terminé, il est temps de le transformer en réalité opérationnelle avec :
- Une feuille de route intégrée directement aux opérations IT quotidiennes,
- Des mesures claires avec échéances et responsables identifiés,
- Un pilotage itératif qui vérifie l’efficacité des actions prises et qui s’adapte aux circonstances du présent.
Ce travail ne peut pas être réalisé par une simple équipe d’audit isolée. C’est un travail commun, transversal à plusieurs équipes. Par conséquent, cela demande de développer et maintenir un dialogue permanent entre RSSI, DSI, équipes opérationnelles et partenaires externes.
Les audits restent essentiels pour diagnostiquer et prioriser les failles de cybersécurité. Cependant, sans une mise en œuvre opérationnelle suivie dans le temps, ils ne réduisent pas durablement les risques cyber. La cybersécurité doit devenir une discipline intégrée à la gouvernance et aux opérations quotidiennes. Cela implique un audit en point de départ, puis un suivi continu et une présence sur le terrain. Ces deux missions sont essentielles puisque nous savons que seules des démarches organisées et durables peuvent participer à une cyber défense proactive.
