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Les enjeux éthiques de la voiture autonome


#VOITURE AUTONOME

Les enjeux éthiques de la voiture autonome

09/10/2018


Elle sillonne à tâtons les routes américaines et européennes depuis quelques années, et cherche encore à convaincre autant les entreprises que le grand public. Il s’agit de la voiture sans conducteur, dont l’usage est encore auréolé de nombreux mystères, notamment éthiques.

Laisser un véhicule autonome vous guider à travers les rues d’une grande ville, dans un petit village de campagne ou sur une autoroute dégagée fait-il partie de vos envies de conducteur ? C’est une question que l’on peut légitimement se poser, à l’heure où les voitures sans conducteur déboulent sur les routes d’Amérique du Nord et d’Europe, pour de longues années de tests.

Laisser le volant à une intelligence artificielle inclut de nombreux questionnements. L’on ne parle pas ici de voitures semi-autonomes, comme les véhicules du constructeur américain Tesla. Il s’agit là de se laisser totalement guider par le véhicule, quitte à supprimer le volant, pour transformer le conducteur en passager totalement passif. Un acte qui nécessite d’avoir une confiance absolue en la machine, et à la manière avec laquelle elle va résoudre certains dilemmes éthiques liés à la circulation routière.

Des questions de vie ou de mort

L’une des grandes questions que se posent actuellement les développeurs d’intelligences artificielles à destination des véhicules autonomes est la suivante : en cas d’accident imminent, comment doit réagir la voiture ? Imaginons que le véhicule soit sur le point d’entrer en collision avec une personne au milieu de la route, mais que faire une manœuvre pour l’éviter soit mortel pour le passager. La voiture doit-elle sacrifier le passager ou le piéton ?

Ce genre de dilemme se présente heureusement rarement, voire jamais, lorsqu’on est au volant d’une voiture. Lorsque c’est le cas, c’est l’instinct, ou les réflexes, qui déterminent la réaction du conducteur. Dans le cas d’un véhicule autonome, la réaction pourra être déterminée par des critères scriptés dans le code source du véhicule : le feu est-il au rouge ou au vert ? Combien de personnes traversent la route ? Y a-t-il d’autres véhicules impliqués ? Les interrogations peuvent être nombreuses.

Actuellement, différents panels d’experts se penchent sur la question. En 2017, la commission d’éthique sur la conduite automatisée et connectée a rendu un rapport visant à « développer les orientations éthiques nécessaires à la conduite automatisée et connectée ». La tâche n’est pas simple, mais un point s’avère crucial dans tous les cas : celui de privilégier à chaque fois le droit à la vie. Si cette proposition résonne comme une évidence, lorsque des vies seront en jeu dans tous les cas, les ingénieurs devront trouver une manière éthique de gérer ces problèmes au cœur du développement de leurs algorithmes.

Des chercheurs de l’Université de Bologne ont eu, fin 2017, une proposition particulière pour pallier le problème : proposer un « levier éthique » dans les véhicules autonomes. Ce dernier permettrait au propriétaire du véhicule de choisir entre une approche « altruiste », favorisant son sacrifice en cas de dilemme, ou « égoïste », où la vie des autres n’est pas prioritaire. « Nous voulions explorer ce qu’il se passerait si la responsabilité et le contrôle des actions d’une voiture autonome étaient rendus au conducteur », a expliqué le dirigeant de l’étude, Guiseppa Contissa. Il y a fort à parier que cette suggestion ne soit pas retenue par les constructeurs de véhicules autonomes.

Des bénéfices en termes de sécurité

Si les enjeux éthiques sont cruciaux dans l’acceptation des véhicules autonomes sans conducteurs, à la fois par les différents organismes impliqués dans leur commercialisation, mais également par le grand public, ceux liés à la sécurité en générale ne seront pas en reste. Et là-dessus, les chercheurs et ingénieurs s’accordent sur le fait que les voitures autonomes devraient permettre de réduire drastiquement les risques d’accident.

Une étude menée par l’Université de Carnegie Mellon à Pittsburgh (Pennsylvanie) en 2016 affirme que la généralisation de l’usage de véhicules semi-autonomes, comme les Tesla, permettrait d’éviter 24 % des accidents de la route qui surviennent chaque année aux États-Unis. La même étude souligne que 90 % des accidents de la route seraient dus à une erreur de conduite humaine : des manœuvres que les véhicules semi-autonomes seraient en mesure de rectifier et corriger à temps pour éviter une situation dangereuse.

Avec des véhicules totalement autonomes, le risque d’erreur humaine serait encore plus réduit, et les interactions entre les voitures sans conducteur permettraient d’anticiper davantage de réactions. Et qui dit moins d’accidents sous-entend moins de dilemmes éthiques à résoudre pour la machine.

Il reste encore du temps aux ingénieurs pour résoudre cet épineux problème : cette même étude estime que les véhicules sans conducteur n’arriveront pas concrètement sur nos routes avant… 2048 !